Amalaki : les vertus d’un fruit de légende

Amalaki

Amalaki

Connu sous ses noms latins de Phyllantus Emblica et d’Emblica Officinalis, l’Amalaki tient une place à part au chapitre des plantes aux vertus régénératives de l’Ayurvéda. Appelé couramment « groseille indienne », l’Amalaki est l’une des sources les plus puissantes de vitamine C. Selon certaines estimations, il contiendrait dix fois plus de vitamine C que l’orange. Alors que la plupart des formes de vitamine C provoquent des selles plus souples, voire de la diarrhée si elle est prise à haute dose, l’Amalaki favorise à contrario la fermeté des selles, illustrant ainsi de manière concrète la différence avec les vitamines de synthèse en vente dans les pharmacies ainsi que les extraits de vitamine C achetés dans les boutiques bio. Comme nous l’avons déjà évoqué dans un précédant article (voir à ce sujet http://la-voie-de-l-ayurveda.com/layurveda-restaure-naturellement-la-sante-de-la-flore-intestinale), l’Amalaki favorise  la santé de la flore intestinale. Selon la Caraka Samhita, l’Amalaki est l’un des plus puissants Rasayanas de l’Ayurvéda. Elle conseille son usage pour soulager les maladies de la toux et de la peau. L’Amalaki est également utile dans le traitement des tumeurs abdominales liées aux déséquilibres de Pitta. Fruit de l’arbre appelé Amla en hindi, l’Amalaki a récemment fait l’objet de nombreuses études scientifiques confirmant ses effets bénéfiques sur le cœur, les artères et le métabolisme des graisses.

Ce fruit que l’on trouve à l’état sauvage pousse sur un arbre à feuilles caduques de taille moyenne (8 à 10m) dans le sous-continent tropical de l’Inde, du Sri Lanka, de la Thaïlande, du Tibet et du Népal. Toutes les parties de l’Amalaki sont utilisées dans diverses préparations ayurvédiques, les fruits bien entendu, mais aussi les graines, les feuilles, les racines, l’écorce et les fleurs. Ressemblant à un petit citron, l’Amalaki est lisse à l’extérieur. Il contient de nombreuses graines. Attention car il existe une variété hybride cultivable qui donne des fruits plus gros, mais dont les qualités sont inférieures à celles du fruit sauvage cueilli à maturité ainsi qu’il est mentionné dans les textes ayurvédiques[1]. L’Amalaki sauvage donne des graines plus grosses que celles de sa version cultivée. Consommé frais, l’Amalaki est amer…mais, après quelques minutes, il laisse un goût douceâtre en bouche. Appelé aussi Divaushadhi ou « plante divine » dans le traité des Puranas, ce fruit est vénéré lors de plusieurs fêtes de la tradition védique. Son caractère divin est attribué au fait qu’il contient cinq des six goûts : sucré, acide, amer, astringent et piquant. Seul lui manque le goût salé. Ce mélange de saveurs donne un effet holistique quant à l’équilibre des doshas. Très peu de fruits ont cette propriété, de sorte que l’Amalaki peut être consommé en toute saison et par toutes les constitutions. Il est particulièrement efficace à la saison chaude pour refroidir le dosha Pitta. C’est un authentique Rasayana au sens de la Caraka Samhita, c’est-à-dire qu’il favorise « la force et l’immunité contre les maladies ».  L’Amalaki est plus délicat et plus complexe que beaucoup d’autres plantes, et doit donc être manipulé avec soin afin de garder toute son efficacité, sa pureté ainsi que ses « qualités divines ».

Le fruit peut être consommé frais

Le fruit peut être consommé frais

En tant que Rasayana, ce fruit a pour objet de prolonger de la vie humaine, de renforcer la mémoire, de renouveler les organes vitaux, de conserver une vigueur juvénile jusqu’à un âge avancé, de rendre le système nerveux humain invulnérable aux maladies et enfin de créer Ojas dans le corps. Sous-produit le plus raffiné de la digestion et du métabolisme, Ojas est l’expression même de l’immunité et de la force qui protègent contre la maladie. Ojas favorise également le bonheur, l’intelligence ainsi que les états de conscience supérieurs. Comme tout Rasayana, l’Amalaki insuffle les qualités d’Ojas dans le corps : la peau devient brillante, les yeux brillants, le tempérament stable et heureux, l’esprit intelligent et calme et le corps libre de la maladie. Il favorise la jeunesse, la force des organes sensoriels et la qualité mentale de sattva. Il renforce en outre les treize feux digestifs (Agnis), mais bien plus lentement que le gingembre, de sorte qu’il peut être pris par des personnes ayant beaucoup de Pitta sans crainte d’excès d’acide gastrique. Il améliore aussi l’assimilation du fer. La science moderne a reconnu l’effet rajeunissant de ce fruit en mesurant le taux de sucre dans le sang, source de nombreux problèmes de santé liés à l’âge. L’Amalaki peut réduire le sucre contenu dans les produits de glycation avancée, mécanisme encore peu connu lié au vieillissement. Après l’oxydation, que l’on peut assimiler à une sorte de rouille, et le déclin hormonal[2], expression du rancissement et de l’atrophie glandulaire, la glycation avancée correspond à une sorte de caramélisation des protéines à cause de niveaux chroniquement élevés de glucose dans le sang. Ces produits sont préjudiciables aux liaisons transversales entre les protéines et les sucres en excès qui modifient la fonction des protéines dans le corps. Les scientifiques estiment qu’ils créent plus de problèmes que les radicaux libres. On les soupçonne même d’être en rapport avec les maladies dégénératives[3].

Cueillette du fruit sauvage

Cueillette du fruit sauvage

En raison de l’impact de ces cinq goûts, les usages de l’Amalaki en Ayurvéda sont extrêmement nombreux. Citons en quelques-uns. Il aide à pacifier le dosha Kapha, ce qui en fait un tonique destiné à renforcer et nourrir les poumons et l’ensemble des voies respiratoires. Il pacifie aussi le sous-dosha Shleshaka Kapha qui régit l’équilibre hydrique dans les poumons. Il équilibre le sous-dosha Apana Vata, contribuant ainsi à l’écoulement vers le bas de l’énergie dans le corps. L’Amalaki soulage ainsi de la constipation. En équilibrant Apana Vata et en nourrissant tous les tissus (Dhatus), il favorise une  menstruation régulière et saine chez la femme. Il renforce les systèmes de reproduction de l’homme et de la femme et peut aider ainsi à surmonter les difficultés de conception. Ce fruit nourrit les ovaires et le sperme et améliore la fertilité et la possibilité d’enfanter (garbhasthapana), particulièrement chez la femme. Parce qu’il améliore l’ensemble des treize feux digestifs et soutient le sous dosha Apana Vata, l’Amalaki renforce aussi le système urinaire. Son action diurétique est naturelle comparée à celle des diurétiques de la médecine occidentale qui forcent l’eau à quitter le corps. Il aide ainsi à éliminer les déchets de l’organisme sans stimuler en excès le système urinaire. L’Amalaki est idéal pour combattre les cystites. En renforçant la digestion, il aide le foie à détoxifier, ce qui est bon pour le teint, l’hydratation de la peau, le nettoyage des toxines contenues dans les tissus et enfin l’immunité de la peau contre les infections bactériennes. L’Amalaki contribue à améliorer le lustre.

L'allure d'un petit citron

L’allure d’un petit citron

Ce sont les effets de l’Amalaki sur le système cardio-vasculaire qui lui ont valu l’attention des milieux scientifiques[4]. En Ayurvéda, ce fruit est connu pour nourrir le cœur, le sang et la circulation. En clair, il régule l’ensemble du système cardio-vasculaire. Exemple : il protège les cellules endothéliales des vaisseaux sanguins en empêchant les dépôts qui pourraient bloquer la circulation artérielle[5]. Il améliore par ailleurs le taux de lipoprotéines de haute densité (HDL) et de lipoprotéines (LDL) à faible densité plus faible. D’autres études suggèrent que l’Amalaki régule la pression artérielle, favorisant une santé cardiovasculaire optimale. Nous savons qu’une bonne circulation et des parois artérielles saines influent sur notre capacité à garder nos mains et nos pieds à bonne température. Lors d’une étude, des volontaires sains ont subi deux tests de soumission au froid, un premier avant la prise de l’Amalaki et un second après. Ce test consiste à mettre les mains dans de l’eau très froide pendant une période de temps définie. La fonction endothéliale s’en trouve perturbée et la pression artérielle temporairement augmentée. Après le premier essai, un sous-groupe parmi les volontaires a pris de l’Amalaki deux fois par jour pendant 14 jours. Le test au froid dans ce sous-groupe a montré une réduction significative de la rigidité artérielle par rapport au groupe témoin (8%). Rappelons que cette rigidité est une mesure de la santé endothéliale.

Amalaki coupé

Amalaki coupé

Avec autant de bienfaits potentiels, il n’est pas étonnant que l’on retrouve l’Amalaki dans de très nombreuses préparations ayurvédiques comme le Chyawanprash ou l’Amrit Kalash Maharishi. Elles mettent à profit toutes ses qualités, notamment son caractère antioxydant. Ce dernier résulte de sa richesse en polyphénols qui luttent contre la formation des radicaux libres et protègent contre les maladies dégénératives. Consommé régulièrement, il protège contre la fatigue et les attaques microbiennes en renforçant le système immunitaire. L’Amalaki devient un Rasayana encore plus efficace lorsqu’il est combiné avec d’autres plantes considérées comme des Rasayanas, ce qui est le cas avec l’Amrit Kalash de l’Ayurvéda Maharishi dont il est l’ingrédient principal. Les nombreuses recherches scientifiques sur l’Amrit Kalash en témoignent (voir à ce sujet http://la-voie-de-l-ayurveda.com/a-la-rencontre-de-lamrit-kalash-maharishi/). L’Amalaki élimine les toxines accumulées par une nourriture contenant  des conservateurs, des pesticides et des additifs chimiques. En améliorant à la fois Ranjaka Pitta, le sous-dosha de Pitta qui régit la fonction hépatique et le plasma sanguin et Alochaka Pitta, le sous-dosha de Pitta qui régit les yeux et la vision, l’Amalaki est aussi considéré comme le « Rasayana des yeux ».

500 à 1000 mg par jour

500 à 1000 mg par jour

Comment consommer l’Amalaki ? Le fruit frais sauvage n’est pas facile à trouver en France. On trouve le plus souvent la version hybride cultivée. Le fruit seul est nourrissant et peut être consommé cru, cuit dans un chutney ou séché en poudre. On trouve plus facilement ce fruit sous forme de complément alimentaire en poudre. Celle-ci est obtenue par séchage et broyage de son jus. Ses qualités en tant que Rasayana sont amplifiées lorsqu’il est préparé selon les méthodes décrites dans la Caraka Samhita : l’opération de séchage et broyage doit être répétée 21 fois pour obtenir un véritable Rasayana. La poudre est alors beaucoup plus puissante que le fruit. Hélas, peu de fabricants se livrent à de telles opérations consommatrices de temps et qui augmentent le prix du produit final. Pensez néanmoins à prendre de l’Amalaki bio. Quelle quantité consommer ? Pour maintenir la santé de la muqueuse intestinale, assurer le drainage lymphatique, nettoyer les parois des artères et réguler l’ensemble du système cardio-vasculaire, il est conseillé d’en consommer entre 500 à 1000 mg par jour avant les repas (1 à 2 gélules). La consommation directe de la poudre est également possible. On peut mettre entre un quart et une demi cuillère à café de poudre d’Amalaki dans de l’eau chaude tiédie avec du miel. On peut en mettre dans une soupe déjà cuite. Elle peut être intégrée à une sauce vinaigrette contenant de l’huile d’olive, du citron et du sel. Un dernier conseil : faites toujours attention au dosage de vos préparations car le gout amer de l’Amalaki est puissant !

Jo Cohen

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[1]                              Notons que les produits de l’Ayurvéda Maharishi n’utilisent que les baies sauvages de l’Amalaki. C’est le cas de la préparation Amlaberry (M1) disponible sur le site maharishi.co.uk.

[2]                              “Cross-linking of the extracellular matrix by the maillard reaction in aging and diabetes: an update on « a puzzle nearing resolution » Monnier VM, Mustata GT, Biemel KL, Reihl O, Lederer MO, Zhenyu D, Sell DR. Ann N Y Acad Sci. 2005 Jun;1043:533-44.

[3]                              “Advanced glycation end product recognition by the receptor for AGEs”. Xue J, Rai V, Singer D, Chabierski S, Xie J, Reverdatto S, Burz DS, Schmidt AM, Hoffmann R, Shekhtman A. Structure. 2011 May 11;19(5):722-32. doi: 10.1016/j.str.2011.02.013.

[4]                              Arterial hypertension and atherosclerosis: their epidemiology and physiopathologyLembo G, Vecchione C, Morisco C, Fratta L, Argenziano L, Sarno D, Trimarco B. Ann Ital Med Int. 1995 Oct;10 Suppl:69S-72S.

[5]                              Antiatherogenic effects of phyllanthus emblica associated with corilagin and its analogue. Duan W, Yu Y, Zhang L. Yakugaku Zasshi. 2005 Jul;125(7):587-91.

 

12 réflexions au sujet de « Amalaki : les vertus d’un fruit de légende »

  1. Viaud Chantal

    Bonjour
    votre article est très intéressant ainsi que tous les autres.
    Où peut-on trouver de bons produits ayurvédiques qui garantissant tout ce que vous recommandez ?
    Quel (s) laboratoire(s) conseillez-vous ?
    Merci pour votre réponse.
    Très beau dimanche.
    Chantal Viaud

    Répondre
    1. Jo COHEN

      Bonjour Chantal

      Quand il s’agit de préparations, cas de l’Amalaki, je recommande la marque Maharishi Ayurveda que l’on trouve en Angleterre sur le site maharishi.co.uk et pour certains produits sur le site indiaabundance.com. Pour les plantes simples, comme l’Ashwahandha par exemple, je recommande les versions bio que l’on trouve entre autre sur le site ayurvana.fr ou certaines marques indiennes comme Organic India ou Kamadhenu.
      Bon dimanche
      Jo

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  2. Ludovic

    Intéressant, cela donne envie de consommer ce fruit. L’amalaki possède t-il la capacité de diminuer le stress comme l’ashwagandha par exemple ?
    Bon dimanche.

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  3. JACQUELINE

    Bonjour JO
    merci pour cet article sur l’amalaki
    ça donne envie d’en prendre régulièrement tant ses propriétés sont nombreuses
    je vais essayer d’en trouver sur les sites que tu recommandes ou celui d’Erik

    la poudre d’amla n’a rien à voir avec l’amalaki ?
    merci pour ta réponse
    amicalement
    Jacqueline

    Répondre
    1. Jo COHEN

      Bonjour Cécile

      L’Amalaki contint cinq des six goûts. Selon la provenance, il peut y avoir un goût dominant.
      En pratique, quand on l’ajoute à une soupe par exemple, on fait attention au goût amer qui peut rendre la soupe difficile à avaler, notamment pour des enfants.

      Cordialement
      Jo

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  4. Corinne

    Bonjour Jo,
    Je prend régulièrement de l’aspirine en prévention, car j’ai fait en 2005 un AIT…Puis je prendre De l’Amalaki ou Triphala ? et de ce fait supprimer l’aspirine ???
    puis je également prendre du Boswellia-curcuma ?
    Merci de votre réponse

    Répondre
    1. Jo COHEN

      Bonjour Corinne

      Si vous avez fait un AIT, le mieux est de prendre de l’AShwagandha et du Brahmi pour améliorer le fonctionnement du cerveau.
      Pour le reste, curcuma, amalaki et triphale seront très bénéfiques.
      Faites vous suivre par un praticien de l’AYurvéda, ce serait plus adapté.
      Cordialement
      Jo

      Répondre

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