Sanscrit, la langue du Véda et de l’Ayurvéda

 

La langue du Véda et de l'Ayurvéda

La langue du Véda et de l’Ayurvéda

Comme pour le Véda (voir à ce sujet http://la-voie-de-l-ayurveda.com/source-de-layurveda-le-veda-cest-quoi-au-juste/), l’Ayurvéda et le sanscrit sont indissociables. La connaissance de cette « langue » est la clé indispensable pour approcher le Véda comme l’Ayurvéda. Plus que pour toute autre « langue », le sanscrit ne livre ses secrets qu’à ceux qui en maîtrisent intimement la grammaire[1]. Proche par certains côtés d’un métalangage informatique, cette grammaire constituée de 4000 règles permet de retrouver l’étymologie de chaque terme dans une langue où aucune ambiguïté n’est possible, ce qui n’est pas le cas avec nos langues usuelles. Comparé au français, à l’anglais ou à toute autre langue, le sanscrit est précis, concis et complet.

Le sanscrit se compose d’un jeu de racines (dhatus) et de règles grammaticales permettant de construire une infinité de mots. La Nasa a parfaitement saisi l’intérêt de cette caractéristique unique : en collaboration avec de nombreux pays occidentaux, l’agence spatiale américaine a entrepris plusieurs recherches sur cette langue[2]. Leur but ? Comparer les possibilités du sanscrit face à d’autres langues en tant que langage informatique.

Le thème n’est pas nouveau. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, d’importants travaux ont été entrepris afin d’utiliser nos langages parlés pour communiquer directement avec les ordinateurs et se passer ainsi de l’apprentissage de langages informatiques complexes et formels comme Fortran, Cobol et autre Pascal. Malgré des avancées certaines en matière de linguistique et d’intelligence artificielle, les travaux portant sur nos langues usuelles se sont heurtés à une première difficulté rédhibitoire : les ambiguïtés inhérentes à l’anglais, au français ou à l’allemand. Le terme « bank » peut signifier « rive »…, mais aussi « banque » dans la langue de Shakespeare. Le terme « poli » décrit une surface lisse… ou la personne qui fait preuve de bonnes manières dans la langue de Molière. En outre, la syntaxe de nos langues n’a souvent aucun lien avec le sens, ce qui rend la compréhension de phrases complètes par un ordinateur quasiment impossible. Or, rien de tel n’existe avec le sanscrit, d’où l’attrait des milieux scientifiques pour cette ancienne « langue spirituelle », la seule à posséder de telles caractéristiques.

 

La NASA s'intéresse au sanscrit

La NASA s’intéresse au sanscrit

Le difficile apprentissage du sanscrit n’a pas permis sa démocratisation en tant que langage informatique. Néanmoins, par sa forme comme par sa nature, le sanscrit est désormais considéré dans les milieux scientifiques comme une langue parfaite, capable de formuler des relations logiques avec une rigueur toute mathématique. Ayant étudié la grammaire de cette ancienne langue dans le cadre de ses recherches à la Nasa, Rick Briggs en conclut que le fossé qui oppose habituellement science et religion n’a plus de raison d’être.

Aux yeux de Rick Briggs, le parallèle qui existe entre les découvertes de la physique moderne et les connaissances de l’Inde antique n’est pas non plus fortuit. La grammaire du sanscrit jouit aux yeux des spécialistes du Véda d’un statut équivalent à celui des mathématiques dans l’investigation de la science moderne. La perfection dont bénéficie ce langage explique aussi son influence sur le cerveau et la physiologie humaine ainsi qu’il apparaît avec les mantras de la méditation. Toujours selon le chercheur de la Nasa, la pratique du sanscrit mène tout droit au plan où mathématiques et musique, intellect et cœur, analyse et intuition, science et spiritualité ne font plus qu’un.

Michel Angot, professeur de sanscrit

Michel Angot, professeur de sanscrit

Dérivé de l’expression samskrita vac (ou parole achevée), le mot « sanscrit » exprime à lui seul cette qualité de perfection. Pour le Professeur Michel Angot, spécialiste reconnu du sanscrit et de sa grammaire, auteur en 2011 d’une traduction française de la Caraka Samhita, le traité fondateur de l’Ayurvéda, un aspect encore plus fondamental caractérise cette « langue » : « elle est parfaite en tant que forme sonore ». Cette propriété est largement méconnue de la plupart des occidentaux qui ne voient dans le sanscrit qu’une « langue » parmi d’autre, ce qui est loin d’être le cas. La tradition orale de l’Inde rappelle en toute occasion que le Véda n’est pas une création humaine, constat qui s’applique également au sanscrit. Le Véda existe de toute éternité. Il est « entendu » à chaque ère par des voyants appelés rishi. Exprimé dans la langue du sanscrit, le Véda précède le connaisseur. Dans l’introduction du Mahabhashya[3] ou Grand Commentaire, le rishi Patanjali rappelle que les mots du sanscrit soutiennent le dharma, concept majeur de la tradition védique qui peut être traduit au niveau du sens par « ordre socio-cosmique » : « les mots ne sont pas signes d’autre chose, ils sont ces choses mêmes »[4]. Ceci revient à dire que les objets ont un nom naturel dont l’ensemble forme le sanscrit. Cette langue se pose ainsi comme la langue de la nature, la langue issue de l’état d’unité de la conscience.

Peu de gens savent que l’Ayurvéda conjugue des préparations médicinales à base de substances[5] végétales et minérales associées à des mantras, « formules védiques » censées agir en synergie. De nombreux hymnes de l’Atharvavéda[6], rappelle Michel Angot, sont constitués de formules à usage médical où la récitation joue le rôle de médicament. « La parole anime dans la conscience du récitant l’ordre qui lui est inhérent et qu’il avait ‘‘oublié’’. Soigner, c’est, dans cette perspective, retrouver la mémoire de l’ordre, de l’intelligence.[7] » Michel Angot précise que la récitation de certains hymnes védiques est donnée comme moyen de prévenir les maladies de toutes sortes qui guettent l’homme. Ainsi, certains mantra ou encore le traité du Vishnu Sahasranam Stotram – littéralement  « Les mille noms de Vishnu » – sont nommément cités à des fins thérapeutiques.

Allant plus loin dans cette logique, l’Ayurvéda considère que le nom même de la substance a le pouvoir de guérir et suffit indépendamment de la substance elle-même. Cette place primordiale donnée aux suites sonores du Véda explique l’importance accordée à la méditation et à la prononciation correcte de textes sanscrit en tant que bases des remèdes dans l’Ayurvéda, plus particulièrement l’Ayurvéda Maharishi. Leur efficacité sur le terrain de la santé est confirmée par l’expérimentation. En développant la conscience par la pratique régulière de la méditation transcendantale, la santé s’améliore comme l’ont montré plus de 500 recherches scientifiques sur le sujet[8].

Jo Cohen

 


[1] La grammaire du sanscrit est connue sous le nom de vyakaran, texte védique que l’on attribue généralement au sage Panini. Plus que la grammaire d’une langue, la tradition védique considère le vyakaran comme une grammaire de l’Univers.

[2] Les résultats de ces travaux ont fait l’objet d’une publication dans Artificial Intelligence Magazine (numéro 39, printemps 1985) sous le plume de Rick Briggs, chercheur au NASA Ames Research Center, Moffet Field (Californie).

[3] Le Mahabashya de Patanjali, traduction française de Michel Angot (Paris 1998). Littéralement « Grand commentaire », ce texte majeur de la littérature védique rappelle que l’homme est fait d’esprit, de parole et de corps, mais que c’est la parole – et donc le son – qui est le plus puissant. Il est utilisé dans le domaine médical pour soigner les malades, prévenir la maladie ou faciliter les accouchements. Il est aussi support de méditation dans les techniques de yoga.

[4] Note de Michel Angot dans la traduction française de la Caraka Samhita.

[5] Les substances utilisées en Ayurvéda sont extraites du monde végétal, du monde minéral et parfois du monde animal. Le beurre clarifié entre dans cette dernière catégorie.

[6] L’Atharvavéda est l’un des quatre grands traités du Véda avec le Rik Véda, le Sama véda et le Yajur Véda.

[7] Préface à la traduction française de la Caraka Samhita, Michel Angot.

[8] Dans un dossier consacré au sujet le 25/10/2004 sur le site lejournalsante.com du Nouvel Observateur, Claire Very précise que « loin d’occuper une place mineure dans le paysage médical, ces thérapies font l’objet d’un intérêt croissant de la part des médecins, comme en témoigne le dynamisme de la recherche américaine sur le sujet. Le Centre National pour les Médecines Alternatives et Complémentaires (NCCAM) basé à Bethesda (Maryland), sous l’égide du National Institute of Health (NIH), a lancé en janvier 2003 un vaste programme d’études destinées à évaluer l’impact des thérapies corps-esprit sur de nombreuses maladies. Plusieurs s’intéressent à la méditation et son éventuel impact dans le traitement des désordres alimentaires, des maladies cardiovasculaires et coronariennes (hypertension). »

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